L'équanimité : qu'est-ce que c'est vraiment, et pourquoi elle est si précieuse aujourd'hui
Racines philosophiques, science contemporaine et premiers repères pour reconnaître cette qualité d'âme qui nous manque tant.

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📌 Série Équanimité – Cultiver la stabilité intérieure face au chaos moderne
Face au tumulte contemporain – flux d’informations incessant, stimulations permanentes, instabilité collective –, nombreux sont ceux qui ressentent une vulnérabilité croissante : irritabilité diffuse, humeur en dents de scie, fatigue émotionnelle chronique. On se retrouve ballotté par les événements, dépendant du climat extérieur pour préserver un minimum de calme intérieur.
Pourtant, il existe une qualité d’âme, cultivée depuis des millénaires par les traditions spirituelles et aujourd’hui étudiée par les neurosciences, qui permet de traverser les circonstances changeantes sans être constamment emporté par elles : l’équanimité, cette capacité à rester d’humeur égale, intérieurement stable, au cœur même de l’instabilité des événements.
La série Série Équanimité – Cultiver la stabilité intérieure face au chaos moderne se déploie sur 3 semaines :
Comprendre : en semaine 1, nous explorons ce qu’est vraiment l’équanimité, ses racines philosophiques et spirituelles (stoïcisme, yoga, bouddhisme), et les découvertes récentes en psychologie contemplative qui montrent ses effets mesurables sur le stress, la santé mentale et la résilience ;
Agir : en semaine 2, vous découvrirez des pratiques concrètes, graduées et testables pour commencer à construire en vous cet « ermitage intérieur » dont parlent les traditions : exercices de présence, ajustements relationnels, repères pour éviter les pièges du faux détachement ;
Direct vidéo en semaine 3, pour répondre aux questions que vous aurez formulées durant les semaines 1 et 2 dans le Chat communautaire et approfondir ensemble les nuances de cette qualité si précieuse.
Série Équanimité – Cultiver la stabilité intérieure face au chaos moderne – 1/3 – Comprendre
Au sommaire :
Une définition simple, mais exigeante
Une longue histoire de l’égalité d’âme : ataraxie grecque, samatvam de la Bhagavad-Gîtâ, upekkhā bouddhiste
Un ermitage intérieur : ce que l’équanimité change concrètement
Ce que l’équanimité n’est pas (ni froideur, ni indifférence)
Mindfulness et équanimité : deux partenaires inséparables
Pourquoi l’équanimité est-elle si précieuse aujourd’hui ?
Comment commencer à pressentir l’équanimité (sans encore « pratiquer »)
Pour la suite : de la compréhension à l’initiation pratique
Allez, c’est parti !
Il arrive des périodes où tout semble se conjuguer pour éroder notre stabilité intérieure : l’actualité saturée d’angoisse, une météo interminablement grise, des tensions familiales ou professionnelles qui s’accumulent, une santé fragile, un sentiment diffus de trop-plein. Dans ces moments, il suffit parfois d’un détail – une remarque malheureuse, une facture imprévue, un jour de pluie de plus – pour que l’humeur bascule et que l’on se sente emporté par une vague d’irritation, de lassitude ou de découragement. À l’inverse, certains êtres semblent traverser les mêmes circonstances avec une étonnante égalité de ton, ni indifférents ni exaltés, mais profondément stables, comme s’ils habitaient en eux un jardin intérieur que nul orage ne vient dévaster. C’est ce singulier état d’égalité d’âme que l’on nomme équanimité.
Une définition simple, mais exigeante
Sur le plan psychologique, les chercheurs définissent aujourd’hui l’équanimité comme un état de stabilité et de calme de l’esprit, qui reste peu perturbé par l’apparition d’émotions, de douleurs ou d’événements, agréables ou désagréables, qui d’ordinaire nous feraient perdre l’équilibre intérieur.
Cette stabilité n’implique pas l’absence de sensations ou de sentiments, mais une capacité à les accueillir sans s’y agripper ni les combattre.
Dans la littérature scientifique contemporaine sur la méditation, l’équanimité est décrite comme une disposition à faire face à toutes les expériences – plaisantes, déplaisantes ou neutres – avec un esprit « également tourné vers tout », sans jugement automatique ni réaction impulsive. Cette attitude se traduit concrètement par une diminution de la réactivité émotionnelle : les montées de colère, de peur ou d’euphorie continuent d’apparaître, mais elles perdent de leur pouvoir d’emprise, comme si l’on gagnait un espace de recul entre ce qui survient et la manière d’y répondre.
Une formule permet de résumer cette qualité : l’équanimité, c’est l’art de rester d’humeur égale au cœur de l’inégalité des circonstances. Non pas par dureté ou insensibilité, mais parce qu’une part de soi a appris à ne plus être entièrement dépendante du climat extérieur, qu’il soit météorologique, social ou relationnel.
Une longue histoire de l’égalité d’âme
L’idée qu’un être humain puisse cultiver un état de tranquillité profonde, relativement indépendant des aléas, est ancienne. L’équanimité est un de ces mots modernes qui condensent en réalité plusieurs filiations spirituelles et philosophiques.
De l’ataraxie grecque à l’« imperturbabilité » stoïcienne
Dans la Grèce antique, les philosophes parlèrent très tôt d’ataraxie, ce terme qui signifie littéralement « absence de trouble » et désigne la quiétude de l’âme, dégagée des agitations inutiles. Chez les stoïciens, l’idéal n’est pas la froideur mais une forme de souveraineté intérieure qui consiste à distinguer avec rigueur ce qui dépend de nous – nos jugements, nos attitudes, nos choix – et ce qui n’en dépend pas – événements, opinions d’autrui, fortune, santé.
Epictète résume cette perspective en rappelant que ce ne sont pas les choses qui nous troublent, mais les opinions que nous nous en faisons.
Dans ce cadre, l’égalité d’âme n’est pas un privilège réservé aux natures flegmatiques mais le fruit d’un entraînement de l’intelligence et du caractère, qui apprend à consentir au réel tel qu’il est, sans renoncer pour autant à agir avec discernement sur ce qui dépend réellement de nous. Le terme latin aequanimitas – de aequus (égal) et animus (esprit) – donnera précisément notre mot « équanimité » et inspirera jusqu’aux médecins modernes parlant d’« imperturbabilité » comme qualité du soignant capable de garder sa clarté de jugement au cœur de l’urgence.
Samatvam : le yoga de l’équilibre dans la Bhagavad-Gîtâ
Du côté de l’Inde, la Bhagavad-Gîtâ nomme samatvam cette égalité d’esprit qui consiste à accueillir avec la même attitude intérieure le succès et l’échec, le gain et la perte. Le verset 2.48 affirme ainsi : « Reste établi dans le yoga, accomplis tes actions en renonçant à l’attachement, demeurant égal dans le succès comme dans l’échec : cette égalité s’appelle yoga. »
Ici encore, il ne s'agit pas de se retirer du monde, mais de demeurer pleinement engagé dans l'action, sans faire dépendre son équilibre intérieur des fruits de l’action. La personne équanime continue d'agir, mais elle cesse d'indexer sa valeur propre sur les résultats obtenus ou sur l'approbation d'autrui.
Upekkhā : la grande équanimité du bouddhisme
Dans le bouddhisme, la notion d’upekkhā – souvent traduite par équanimité – occupe une place centrale. Elle est l’une des quatre « demeures divines » (brahmavihāra), aux côtés de la bienveillance, de la compassion et de la joie empathique. L'équanimité est la quatrième et dernière de ces demeures, celle qui fonde toutes les autres : sans elle, l’amour se transforme vite en attachement, la compassion en épuisement, la joie partagée en jalousie.
Les textes décrivent l’upekkhā comme la capacité à rester intérieurement stable face aux « huit vents du monde » : gain et perte, louange et blâme, célébrité et discrédit, plaisir et douleur.
Loin d’être une neutralité fade, cette qualité est décrite par certains maîtres comme « l’amour accompagné de la lucidité », une forme de bonté qui a intégré, au plus intime, l’impermanence des choses et la non-maîtrise des résultats.
Un ermitage intérieur : ce que l’équanimité change concrètement
Le risque, face à ces grandes traditions, serait de croire que l’équanimité est un idéal abstrait, réservé à quelques sages retirés du monde. Or, dès les premiers pas vers cet état, des effets très concrets se manifestent dans notre manière de nous vivre et d’habiter la relation aux autres.
Une autre manière de se tenir en soi
Dans un univers urbain saturé de bruits, d'images et de sollicitations permanentes, développer l'équanimité revient à construire progressivement en soi une sorte d'ermitage intime, un lieu intérieur relativement silencieux, d'où il devient possible d'observer ce qui nous traverse sans en être immédiatement prisonnier.
Les travaux contemporains sur la méditation de pleine conscience suggèrent que cette stabilité nouvelle passe par deux mouvements complémentaires : une conscience plus fine de ce que l’on ressent d’instant en instant (pensées, émotions, tensions physiques), obtenue en affinant progressivement la capacité d’observation intérieure, et une réduction de la propension à juger ces expériences comme « bonnes » ou « mauvaises » dès leur apparition. En d’autres termes, l’équanimité n’étouffe pas la vie intérieure ; elle lui offre un espace où elle peut se déployer, sans que l’ego ne s’en saisisse immédiatement pour la juger, la contrôler ou s’y identifier.
À mesure que cette faculté d’observation se développe, nous découvrons avec une acuité nouvelle nos automatismes, nos attachements, nos rejets, mais également des ressources insoupçonnées de patience, de compréhension, d’intuition. Cette lucidité n’a de sens que si elle s’accompagne d’une profonde bienveillance envers soi, sinon l’examen de nos mécanismes ne fait que renforcer le jugement et la culpabilité.
Une qualité de présence qui transforme la relation
Sur le plan relationnel, l'équanimité joue un rôle déterminant. Le regard devient progressivement moins filtré par nos attentes, nos projections ou nos peurs : l'autre commence à être perçu tel qu'il est, plutôt que comme le miroir de nos manques ou de nos exigences.
Les enseignements bouddhistes insistent sur ce point : une équanimité véritable n’est pas une indifférence glacée, mais la capacité d’être également ouvert à tous les êtres, sans favoritisme ni rejet, parce que chacun cherche, comme nous, le bonheur et la fin de la souffrance.
Les recherches en psychologie contemplative et en sciences sociales montrent que cette position intérieure plus stable s’accompagne d’une meilleure régulation des émotions, d’une communication plus ajustée et d’une plus grande résilience face aux conflits ou aux tensions interpersonnelles. L’équanimité renforce ce que l’on pourrait appeler l’« intelligence relationnelle » : la faculté d’évaluer plus justement ce que l’autre peut recevoir, ce qu’il est en mesure de donner, et d’ajuster sa manière de parler ou d’agir en conséquence, sans se perdre soi-même dans le processus.
Un impact mesurable sur la santé et l’énergie
Loin d’être une notion vaporeuse, l’équanimité commence à être étudiée comme un véritable facteur de santé. Des travaux récents suggèrent qu’un haut niveau d’équanimité est associé à une diminution de la susceptibilité émotionnelle (ce que la psychologie appelle le « névrosisme »), à une baisse du stress perçu et à une réduction des symptômes dépressifs.
Cette stabilité se traduit aussi par une meilleure tolérance aux sensations désagréables, une récupération plus rapide après un épisode difficile et une moindre tendance à l’épuisement émotionnel.
Sur le plan neurologique, les recherches sur la méditation montrent que la pratique régulière de l’attention et de l’équanimité modifie la structure et le fonctionnement de certaines régions cérébrales impliquées dans la régulation des émotions : augmentation de la matière grise dans le cortex préfrontal, zone liée au discernement et au contrôle des impulsions, et diminution de l’activation de l’amygdale, centre de la peur et de l’alerte.
Autrement dit, l’ermitage intérieur dont parlent les traditions n’est pas qu’une métaphore poétique : il correspond aussi à une réorganisation progressive de nos circuits neuronaux, qui apprennent littéralement à ne plus s’emballer aussi violemment à chaque stimulus.

Ce que l’équanimité n’est pas : ni froideur, ni indifférence
Pour comprendre finement ce qu’est l’équanimité, il est tout aussi nécessaire d’en écarter les caricatures. Beaucoup l’associent spontanément à une forme de froideur, d’apathie ou d’indifférence ; d’autres y voient une résignation fataliste qui accepterait tout sans discernement.
Les sources bouddhistes sont très claires sur ce point : une équanimité véritable n’est ni une anesthésie du cœur, ni un repli sur soi paresseux. Elle est même explicitement définie comme « un équilibre parfait de l’esprit, fondé sur la vigilance », à distinguer d’une torpeur insouciante.
Si l’on ne ressent plus rien, on ne se trouve plus dans l’équanimité, mais dans une forme de dissociation ou de fermeture.
Dans les enseignements bouddhistes sur les « demeures sublimes » (brahmavihāra), certains maîtres contemporains, notamment dans la lignée du bouddhisme theravāda et de la pleine conscience, résument l'équanimité comme « l'amour plus la vision juste » : un amour qui a intégré la connaissance de l'impermanence, de la souffrance et de la non-maîtrise, et qui, précisément pour cette raison, ne s'agrippe plus à ce qu'il aime ni ne rejette ce qui lui déplaît. Cette formule est essentielle : elle rappelle que l'équanimité n'abolit ni l'amour, ni la joie, ni la compassion ; elle les purifie de la crispation possessive et de la dramatisation permanente.
Enfin, être équanime ne signifie pas renoncer à agir ou à s’engager. C’est au contraire se doter d’une base intérieure assez stable pour pouvoir intervenir dans le monde avec discernement, sans être balloté à chaque instant par les vents changeants de l’opinion et de l’émotion.
Mindfulness et équanimité : deux partenaires inséparables
Les travaux récents en psychologie contemplative insistent sur la distinction – et la complémentarité – entre pleine conscience (mindfulness) et équanimité.
La pleine conscience désigne la capacité à être conscient, d’instant en instant, de ce qui se passe en soi et autour de soi : sensations, émotions, pensées, impulsions. C’est une qualité d’attention nue, qui éclaire le flux de l’expérience sans se laisser happer par lui.
L’équanimité décrit l’attitude que l’on adopte envers ce qui est observé : une manière de laisser être, sans se précipiter pour juger, contrôler ou fuir.
On peut dire, pour simplifier, que la pleine conscience répond à la question « que se passe‑t‑il en moi en ce moment ? » tandis que l’équanimité répond à la question « comment je me tiens intérieurement face à ce qui se passe ? ».
Les modèles théoriques proposés par plusieurs équipes de recherche soulignent que ces deux dimensions – conscience et équanimité – constituent les effets clés de la méditation, et qu’elles expliquent en grande partie les bénéfices observés en termes de bien-être psychologique, de régulation émotionnelle, de diminution du stress et de développement de la compassion.
Sans conscience, l’équanimité tournerait à une indifférence passive ; sans équanimité, la conscience aiguë de soi risquerait de se transformer en hyper-contrôle anxieux.

Pourquoi l’équanimité est-elle si précieuse aujourd’hui ?
Nos sociétés contemporaines combinent trois facteurs qui rendent l’équanimité particulièrement urgente à cultiver.
Une surcharge de stimulations : notifications permanentes, informations en continu, sollicitations professionnelles et sociales brouillent notre paysage intérieur. Le système nerveux est maintenu dans un état d’alerte quasi permanent, qui épuise les ressources de régulation émotionnelle.
Une idéologie de la performance et de la comparaison : l’estime de soi est trop souvent indexée sur les résultats, sur l’image renvoyée, sur la conformité à des modèles extérieurs. Le moindre échec, le moindre retard, la moindre critique peuvent alors prendre des proportions disproportionnées.
Une crise de sens et de confiance : instabilité écologique, économique, politique, sentiment de fragilité des institutions et des liens ; tout concourt à nourrir un climat de fond où l’inquiétude et la colère deviennent des réflexes collectifs quasi automatiques.
Dans ce contexte, travailler à développer l’équanimité n’est pas un luxe spirituel pour personnes déjà apaisées ; c’est une forme d’hygiène psycho-spirituelle élémentaire. Il s’agit de retrouver une souveraineté intérieure minimale qui nous permette :
de ne plus être possédé par le flux des émotions collectives ;
de réorienter l’énergie disponible vers ce qui dépend réellement de nous ;
d’ouvrir de nouveau en nous l’espace de la réflexion, de la contemplation, de la créativité, que le bruit ambiant tend à saturer.
On pourrait dire que, sans un certain degré d’équanimité, les plus belles aspirations spirituelles – amour, compassion, quête de vérité – restent fragiles, car elles peuvent à tout moment être submergées par une vague d’angoisse, de colère ou de ressentiment. Inversement, une équanimité véritable sans élan du cœur risquerait de se figer en un stoïcisme sec. L’enjeu est d’unir ces deux pôles : stabilité et amour, lucidité et douceur.

À retenir cette semaine : trois gestes d’observation sans jugement
Repérez vos moments de déséquilibre et reconnaissez le contraste
Cette semaine, sans chercher à changer quoi que ce soit, observez simplement : dans quelles situations perdez-vous facilement votre calme intérieur ? Quelles circonstances (une remarque, une mauvaise nouvelle, un imprévu, une météo grise) suffisent à déstabiliser votre humeur pour plusieurs heures ?
Essayez aussi de vous souvenir d’un moment récent où, au contraire, vous êtes resté étonnamment stable face à une difficulté. Dans les deux cas, demandez-vous :
– Qu’est-ce qui, en moi, a été touché ou protégé ?
– Quelles attentes, quelles peurs étaient en jeu ?
– Dans le moment de calme, de quoi étais-je intérieurement moins dépendant ?
Notez-les mentalement, ou sur un carnet. L’objectif n’est pas de vous juger, mais de voir vos patterns réels. Cet examen sans jugement permet déjà d’entrevoir la différence entre une réaction automatique et une réponse plus équanime.
Interrogez votre ermitage intérieur
Demandez-vous : où, dans ma vie actuelle, existe-t-il un espace de calme qui ne dépend pas entièrement des autres ou des événements ? Peut-être un moment de marche, de lecture, de silence choisi ?
L’imaginaire peut soutenir ce travail intérieur. Certains se représentent un jardin zen minimaliste, d’autres un monastère au cœur de la montagne, d’autres encore une simple pièce silencieuse avec une fenêtre sur le ciel. L’important n’est pas le décor, mais le sentiment : vous y êtes à la fois pleinement présent et protégé.
Si vous ne trouvez rien, c’est déjà une information précieuse : l’équanimité commence souvent par la décision de préserver ou de construire un tel espace, aussi modeste soit-il. Même si la réponse reste floue, le simple fait de la chercher oriente déjà le regard vers une dimension plus profonde de votre être.
Observer un mouvement émotionnel comme une vague
La prochaine fois qu’une émotion forte surgit (irritation, tristesse, joie intense), plutôt que de vous reprocher de la ressentir, expérimentez ceci :
– remarquez qu’elle monte, atteint un pic, puis finit inévitablement par redescendre ;
– identifiez, si possible, la petite histoire mentale qui vient s’y greffer (« ce n’est pas juste », « je n’y arriverai jamais », « tout va enfin s’arranger ») ;
– demandez-vous : « Qui, en moi, observe cette vague ? »
Cette simple bascule vers le témoin silencieux – sans étouffer la vague – est déjà une esquisse d’équanimité. Ces gestes intérieurs ne constituent pas encore une pratique structurée ; ils préparent le terrain, affinent la perception, éveillent le désir d’un rapport plus libre à soi-même et au monde. Ils permettent aussi de sentir, de l’intérieur, que l’équanimité n’est ni une idée abstraite ni une injonction morale, mais un mouvement très concret de décollement de l’ego, au profit d’une présence plus vaste et plus paisible.
La suite de la série (semaines 2 et 3)
La semaine prochaine, on passe à l’action !
Comprendre l’équanimité, c’est déjà déplacer quelque chose de décisif en soi : on cesse de confondre calme et inertie, stabilité et rigidité, acceptation et résignation. On entrevoit qu’il est possible de demeurer vivant, sensible, aimant, tout en n’étant plus ballotté à chaque instant par les vents changeants de l’existence.
La partie 2/3 de notre série Stabilité Intérieure 2026, celle du « passage à l’action », sera résolument holistique : au lieu d’empiler des exercices génériques, elle proposera une approche par dimensions, pour que chacun puisse repérer où il se trouve et par où commencer sans se disperser.
On y distinguera clairement le physique (posture, respiration, ancrage corporel), l’émotionnel (accueil des vagues intérieures sans se laisser submerger), le mental (observation des pensées, désidentification progressive), le spirituel (sens, intention, pratiques contemplatives), et le relationnel (ajuster sa présence aux autres sans se perdre soi-même).
Chaque dimension sera explorée avec des pratiques concrètes, graduées et accessibles, puis une synthèse finale rassemblera ces leviers en un protocole résumé sur 4 semaines, pour rendre l’ensemble actionnable même quand on est déjà saturé.
En dernière semaine, un direct pour répondre à vos questions
Enfin, la partie 3/3 sera l’occasion d’un direct vidéo le jeudi soir : ce sera un temps pour répondre à vos questions posées dans le chat communautaire, clarifier les nuances (comment éviter le faux détachement ? l’équanimité face à l’injustice ? l’équilibre entre stabilité et engagement ?), et ajuster les propositions de la partie 2/3 à vos situations réelles, sans promesse magique et avec des garde-fous de bon sens.
🗳️ Dès maintenant, répondez en commentaires :
Avez-vous déjà expérimenté un moment où, face à une difficulté ou une circonstance perturbante, vous êtes parvenu à garder une forme de calme intérieur ? Qu’est-ce qui vous a permis cela ? Ou, au contraire, reconnaissez-vous en vous cette vulnérabilité émotionnelle qui vous fait dépendre entièrement du climat extérieur ? Vos témoignages m’aideront à affiner la partie “Agir” pour la semaine prochaine.
Et commencez à poser vos questions dans le Chat :
J’ouvre un fil de Chat dédié « Équanimité 2026 » dans lequel vous pouvez dès à présent poser vos questions sur cet article et soulever les problèmes spécifiques auxquels vous êtes confronté. Je répondrai aux plus simples dans le Chat et les plus complexes seront traités lors du direct.
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Pour aller plus loin
Qu’est-ce que l’équanimité ?
Desbordes G. et al., Moving beyond mindfulness: defining equanimity as an outcome measure in meditation and contemplative research, Mindfulness, 2014.
Les racines : Grèce, Inde, bouddhisme
Pierre Hadot, Exercices spirituels et philosophie antique, Albin Michel, 2002 (nouvelle éd.)
Bhagavad-Gîtâ, trad. Jean Herbert, Les Enseignements du Seigneur, Albin Michel, 1974, verset 2.48.
Bhikkhu Sujato, Les quatre Brahmavihāra, Le Refuge Bouddhique, 2015.
L’ermitage intérieur et la solitude choisie
Vago D. et al., Deep rest: an integrative model, Trends in Cognitive Sciences, 2022.
Schmalzl L. et al., Movement-based embodied contemplative practices: definitions and paradigms, Frontiers in Human Neuroscience, 2014.
Ce que l’équanimité n’est pas
Desbordes G. et al., Moving beyond mindfulness… (distinction entre équanimité vivante et états de froideur/dissociation).
Nyanaponika Thera, Meditation: sublime states: equanimity (upekkha), BuddhaNet, série “The Four Sublime States” (texte classique).
Pleine conscience et équanimité
Eberth J., Sedlmeier P., Schäfer T., PROMISE: a model of insight and equanimity as the key effects of mindfulness meditation, Frontiers in Psychology, 2019.
Eisendrath S. et al., Mindfulness-based therapy in modern psychology: convergence and divergence from early buddhist thought, Contemporary Buddhism, Vol. 17, No. 2, 2016.
Christophe André, Méditer, L’Iconoclaste, 2011 (mindfulness + stabilité émotionnelle).
Pourquoi l’équanimité est si précieuse aujourd’hui ?
Yokomoto F. et al., Role of equanimity on neuroticism, stress, depression, Healthcare, 2021.
Guendelman S. et al., Mindfulness and emotion regulation: insights from neurobiological studies, Frontiers in Psychology, 2017.
Premiers gestes pour pressentir l’équanimité
Howarth A. et al., Mindfulness retreat for stress, Journal of Clinical Psychology, 2021.
Thich Nhat Hanh, Équanimité et Amour », Plum Village, 2023.
Ouverture : un chemin à long terme
B. Alan Wallace, Contemplative Science: Where Buddhism and Neuroscience Converge, Columbia University Press, 2007.
© 2026 — Les Chroniques du Mieux-Être par Jérôme Nathanaël
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